Carnet de route

Quatre tranches d'alpinisme en Ecrins partagées à quatre !

Le 10/09/2015 par Aparicio Miguel

Sortie Alpinisme Juin 2015

 

Est-ce une gageure de vouloir transmettre en quelques lignes une sortie alpine de quelques jours ? Surement, sauf peut-être si les destinataires sont eux-mêmes alpinistes ! En effet, ce sont toujours les mêmes revers, erreurs d’itinéraires, météo, fatigue et doutes qui agrémentent cette activité qui place ses amateurs passionnés face à leur choix : se confronter à soi-même, mais heureusement pas tout seul.

 

Ainsi, à la lecture ou à l’écoute même brève des aventures plus ou moins mouvementées d’autres alpinistes, chacun retrouve et éprouve, dans ses propres souvenirs alpins, les mêmes émotions fortes que véhicule  le récit toujours passionné des hommes (et femmes) de la montagne. « Bizarre, quand même ! » me direz-vous, les ascensions « sans histoires » ne se racontent guères, c’est pourtant logique non ?

 

Ca commence mal ! La première partie du séjour est annulée, météo exécrable partout sur les médias ! Rajouter à cela que la neige est très peu abondante cet été, et qu’il fait très chaud, pas de regel la nuit égal neige pourrie…Ca vous calme rapidement les ardeurs de projets glacières ou mixtes !

Ce faisant, le projet de Guillaume que nous partageons pour la suite (et après moult débats à quatre), est simple : départ de La Bérarde, Chatelleret–Selle en traversée par le pilier est de La Tête Nord du Replat. Pour traverser ensuite vers le Soreiller, un couloir de neige et mixte initialement prévu n’est vraiment, mais vraiment pas en conditions, alors ce sera La Pointe d’Amont par son pilier nord, faut voir sur place. Puis du Soreiller grimper la Tête du Rouget par l’esthétique « voie des plaques », et pour la suite, et bien on avisera au Soreiller comment on revient vers la Bérarde, pas vrai ?

Beau voyage en perspective entre monts et vallées de l’Oisans sauvage.

 

Bon, c’est le départ...nous voilà partis tous les quatre, Guillaume, Lionel, Fred et moi par un après-midi pluvieux vers le refuge du Chatelleret, car nous anticipons avec gourmandise la bonne et première journée ensoleillée annoncée pour le lendemain.

Ah ?…Il fallait réserver ? Le Gardien nous accueille un peu froidement, il ne chauffe d’ailleurs aucunement son refuge,  il n’attendait personne, rustique.

Remarque intéressante de sa part, à méditer : en fait, les jours derniers il a fait très beau en matinée, laissant aux lèves-tôt le temps pour quelque entreprise taillée sur mesure. Cette météo omniprésente aujourd’hui, mais qui manque de précision, nous paraît nuire à l’alpinisme par bien des aspects… Nous, les pratiquants, avons des progrès à faire de ce côté-ci de l’écran : appeler davantage le gardien pour commencer ! Ils disposent d’une bien meilleure prévision qu’internet.

 

Le lendemain, belle journée, trop belle en fait : la fin de l’approche pour notre pilier est une belle galère, « ça brasse ! » de bon matin dans une neige raide, molle et profonde. En passant devant le pilier Chèze à la Tête Sud du Replat nous sommes néanmoins confortés dans notre choix plus modeste, il y a encore de la neige sur ce mur rendu très austère et bien trop engagé pour un premier jour, et la journée n’est pas finie.

L’escalade dans le pilier est se déroule bien au début, je grimpe avec Fred, et nous suivons la première cordée. Mais pas de chance, à mi-hauteur, je pars trop à droite dans une longueur au rocher pourri et très difficilement protégeable, et immédiatement c’est la galère, perte de temps et montée d’Adrénaline assurée !  Quelques mètres à côté de « la voie », bien purgée par les passages répétés, c’est un autre monde ! Pensée et bravo aux ouvreurs.

 

Bilan le soir au refuge : retard pris par rapport au temps du topo, analyse des causes, aie çà fait mal…mais la voie nous montre nos limites et nos erreurs ! Peut-on faire abstraction du « temps » ? Non, certainement pas, mais chacun grimpe avec son niveau propre, s’assure et avance en regard de sa nécessité de l’instant pour progresser en se sentant en sécurité. Alors pour qui donc est mentionné ce « temps » s’il est relatif à chacun, et soumis à bien des aléas?

 Une règle s’impose cependant à tous en alpinisme: « ne pas perdre de temps » ! C’est surtout ne pas rester inactif dans son temps propre, accomplir vite et bien  les taches qui à l’arrêt au relais permettent à la cordée de repartir.

 

Pour la suite, pas de chance, le temps s’est couvert dans le vallon de La Selle et nous ne voyons rien depuis le refuge du pilier de la Tête d’Amont, alors que faire ? Deux heures studieuses de lectures de topos et quelques bières plus tard, le moral est revenu ! Demain c’est repos… relatif : une voie ancienne, mais rééquipée récemment au niveau des relais, s’offre à nous pas trop loin du refuge : selon le bon mot de Guillaume, « la voie des lézards » sera notre « juge de paix » ! Au retour nous verrons le pilier du lendemain, serons mieux acclimatés et fixés sur nos capacités alpines.

 Las ! Si tout commence et se poursuit à merveille, la sortie de la voie nous propose un piège dans lequel nous tombons tous les uns après les autres ! Décompte des longueurs aléatoire, pas de topo précis en poche, relais quasiment invisible là où nous nous égarons en suivant de vieux pitons, traces de réchappes, tout y est pour nous faire sortir de la voie. Descente et remise à zéro des compteurs sont de rigueur. Il restait en réalité bien du taf encore avant la sortie, et se remobiliser nous en a coûté, merci à Lionel. Nous apprendrons au refuge que c’était là la fin de la voie historique, modifiée depuis.

La voie de descente va se montrer difficile aussi à trouver, et l’après-midi avançant bien vite çà part un peu dans tous les sens, mais nous finissons par trouver l’entrée… de la sortie.

Au soir, la leçon du jour : rester toujours critique et considérer la descente comme faisant partie de la voie. Topo à jour et précis au possible.

 

Le soir au refuge, et malgré la tournée … le moral reste dans les chaussettes, le juge a parlé.

 De la fenêtre, nous voyons trop bien maintenant le pilier désiré, un demi plier sud des Ecrins, plus de 500m d’escalade, non, d’alpinisme!

 Fred a pris un bon pic au mental et les trois autres nous doutons aussi après cette journée. Nous sommes certes mieux acclimatés mais plus fatigués qu’au premier jour.

 A table, une autre cordée plus expérimentée qui réalise le même voyage que nous mais par des choix plus corsés de voies, cordée mixte au demeurant, prépare activement son topo pour cette course et un premier essai antérieur s’était soldé par un bivouac improvisé en paroi. Ils nous proposent bien de les accompagner, mais sommes-nous mûrs pour y aller, nous ?

 Ce n’est pas tant l’aspect technique qui nous inquiète mais l’itinéraire  compliqué et sa longueur, et en prime le retour en rappel n’est pas possible, il faudra traverser vers le Soreiller !

 Je pousse dans le sens de rester ensemble, et nous redescendons aux aurores en vallée et remontons au Soreiller dans la journée, et là nous préparons enfin la Tête du Rouget : la sieste pour moi pendant que les autres font quelques longueurs !

 

Dehors, au soleil couchant, je ne me lasse pas d’observer le S allongé et parfait que dessine dans le ciel la « voie des plaques ». Je l’avais vue lors d’une ascension du pic Gény, son voisin immédiat, et je rêvais depuis lors de parcourir ce S jusqu’à son sommet. La ligne donc, plus que le sommet, mais que nous réserve-t-elle donc pour demain ? Pas la peine de préciser donc si j’étais pour ou contre le choix de Guillaume,  je lui avais souvent narré cette vision depuis le coup du Gény. La fascination de l’autre est communicative, du moins elle pousse à la curiosité.

 

Chaque jour nous changeons les cordées, aujourd’hui Lionel grimpe avec Fred et moi avec Guillaume.

Pas de soucis jusqu’à l’entrée d’un couloir en mixte, mais neige et rocher pourris nous sépare de l’attaque de la voie, et les pierres volent un peu, toujours trop, vers mes compagnons. Nous filons vers l’arête en quête de soleil et de chaleur mais c’est le vent froid qui nous accueille aussi ! Vite enfilons les doudounes ! Nous restons en grosses chaussures, à priori suffisantes pour cette difficulté de voie, mais la suite démentira cet avis posé à priori.

 Après quelques beaux passages, dièdres et cheminées, nous débouchons réellement dans ce qui donne son nom à la voie : de larges et belles plaques rougeoyantes superposées, mais un peu lisses à notre goût…Il est très important dans cet espace très large et uniforme de bien suivre l’itinéraire grâce aux quelques pitons qui le jalonne, mais ils sont le plus souvent bien cachés dans les jonctions en escaliers des dites plaques.

 Fichtre que c’est lisse tout de même, pas facile à protéger, et quel gaz ! Guillaume part pour une longueur et je le vois hésitant, il fait demi-tour et reviens au relais ! Alors que faire ? Changer la donne : il nous faut changer de chaussures, s’adapter à ce terrain tout en finesse, retrouver grâce aux chaussons l’adhérence nécessaire à un peu plus de sérénité sur ce terrain ; et çà change bien du tout au tout, un autre monde, une toute autre perception. La suite est un vrai plaisir de grimper.

La pente s’adoucit et, heureux, nous prenons le temps à l’abri du vent de nous restaurer au sommet après que Guillaume ait trouvé le premier rappel. La descente, enfin, avec son cortège de rappels et relais que nous examinons de travers fort dubitativement : les roches très fracturées de ce versant du Rouget  n’inspirent aucune confiance.

 Voilà bien une voie normale qui ne doit guère être empruntée vers la cime.

Voilà donc pour cette sortie durant laquelle nous avons pu engranger un peu plus d’expérience au travers de ce petit voyage. Dans une montagne que nous avons choisie à notre mesure, de les connaître mieux toutes deux, tel était le but.

 

Il faut rentrer maintenant, en affrontant les risques de la route, mais je ne m’étendrai pas, tout le monde connaît !

 

Miguel APARICIO

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