Carnet de route

du castellas de Bouquet…au castrum d'Allègre

Le 17/09/2018 par Cécile CAPMAL


Journées du patrimoine obligent, le Club Alpin nîmois met un point d’honneur à s’associer chaque année à l’événement en proposant à ses adhérents une journée plus culturelle que sportive. Cette année Patrice, en maître de cérémonie, nous invite à participer à la procession de la Cabre d’or entre le Castellas du Bouquet et le Castrum d’Allègre.
À l’origine de cette manifestation la FAHG, fédération de passionnés d’histoire qui compte parmi ses rangs de nombreux historiens et spécialistes du moyen-âge, à la fois organisateurs et acteurs de cette marche costumée inspirée par la célèbre légende médiévale. La Cabre d’or, gardienne du trésor laissé par les Sarrasins mais perdue depuis bien longtemps, aurait été retrouvée par les habitants du village du Bouquet bien décidés à conserver le capridé si convoité.
Nous sommes une dizaine à répondre à l’appel de la Cabre d’or. Ciel bleu, température particulièrement douce pour la saison comme nous avons désormais l’habitude de l’entendre, marcheurs motivés et heureux de se retrouver : tous les ingrédients semblent réunis pour que cette journée se déroule sous les meilleurs auspices. La procession étant en aller simple, les hommes du groupe commencent par abandonner les femmes à l’entrée du chemin qui conduit au Castellas du Bouquet pour aller garer une des voitures à proximité de l’arrivée.
Au pied du Castellas, nous sommes accueillis par un représentant de l’ordre des templiers, un seigneur des lieux, et plusieurs gentes dames pour une visite commentée des ruines du château datant du XIIème siècle. Ce seront eux, survivants du Moyen-âge, qui vont nous guider tout au long de la procession, nous réduisant de fait au statut de simples manants. Outre l’intérêt historique, nous ne manquons pas d’apprécier la vue exceptionnelle qui s’étend des Cévennes aux Alpes.
La procession peut alors démarrer. Un des enfants présents porte comme un trophée la tête de la cabre d’or tant vénérée.
Nous ne manquons pas de remarquer que les cornes du demi-dieu relèvent plus du bouc  que de la simple chèvre. Nous arrivons bientôt à l’ancienne église du Bouquet édifiée par les moines de l’ordre de la Chaise Dieu et au petit cimetière adjacent, première étape de notre procession. Un lieu plein de charme et de sérénité avec ses tombes abandonnées au début du siècle dernier envahies par les herbes, et où ont été enterrés pêle-mêle catholiques et protestants.

Sur les coups de 13h, après une montée assez raide, nous atteignons l’oppidum Saint Peyre. Nous y pique-niquons. Moment de convivialité et d’échange à l’ombre des cades et des chênes. Avant d’amorcer la descente, le seigneur du groupe nous donne quelques explications sur cet oppidum dont les vestiges témoignent d’une très longue occupation. Puis il nous conduit vers les ruines d’une maison détruite par un incendie au VIIIè siècle et dont la mise à jour de pièces exceptionnelles atteste une cohabitation pacifique avec les Sarrasins.
Avant de quitter les lieux le propriétaire, artiste peintre, nous fait découvrir son atelier. Son travail sur toile ou sur papier traduit son intérêt sans cesse renouvelé pour le minéral et toutes les formes de cailloux qui peuplent la région.
La procession s’ébranle à nouveau en direction du château d’Allègre. La chaleur commence à devenir pesante. L’environnement minéral si cher à notre artiste est loin de faire l’unanimité parmi les marcheurs. Seule la perspective de se désaltérer de bières fraiches et de déguster des fougasses cuites au feu de bois dans le four du château motivent nos derniers pas. Après environ deux heures de marche et une dernière montée nous arrivons aux ruines de ce vaste château, aperçu une première fois depuis le Castellas du Bouquet et qui se déploie maintenant devant nous. Depuis la première tour du Castrum  construite au XIè siècle, de nouvelles tours ont été érigées au cours des siècles pour compter jusqu’à vingt coseigneuries. L’arrivée est à la hauteur de nos espérances. Boissons fraiches, délicieuses fougasses et vue panoramique sur les Cévennes et les premiers contreforts alpins nous comblent de joie. Les plus sérieux ont le courage d’interrompre cette pause pour suivre l’ultime visite guidée du château par le templier de service. La fin est prévue avant 18 heures, heure de l’inauguration de la table d’orientation.
Comme à l’aller, les femmes repartent seules, tandis que les hommes vont récupérer les voitures. Nous sommes donc six marcheuses à rebrousser chemin pour, nous a-t-on dit, une vingtaine de minutes de marche supplémentaires avec en prime la découverte de la chapelle Saint Saturnin.
Alors que nous nous apprêtons à quitter la chapelle, un monsieur nous dit de nous méfier des boucs… Nous sourions, pensant que nous ne craignons ni les loups, ni les boucs ! Mais à peine avons-nous emprunté le chemin qui longe la chapelle, que deux énormes boucs nous barrent la route. Le premier, que nous qualifierons de plus réservé, s’éloigne du chemin tandis que le second se dirige vers nous. Un énorme bouc noir aussi gros qu’un âne avec d’immenses cornes ! Une envergure d’un bon mètre d’après Denise. Nous ne contestons pas et fuyons. Seule Monique, la plus téméraire d’entre nous brave l’animal et franchit le passage. Nouvelle tentative. Le bouc s’approche, bouge la tête en signe de désapprobation, s’approche encore, nous poussant à nous plaquer contre le mur de la chapelle, sans bouger prêtes à être sacrifiées par cet animal monstrueux ! Et voilà que la bête se met à lécher les genoux de Denise qui essaie délicatement de le repousser sans laisser transpirer la peur qui l’envahit. Nous n’osons bouger. Puis, considérant que l’animal ne nous laissera pas passer nous revenons sur nos pas pour aller demander au monsieur entrevu devant la chapelle de bien vouloir nous accompagner dans ce passage difficile. De toute évidence il a su dompter l’animal ! Nous nous réfugions derrière notre sauveur pour avancer lentement et franchir cet obstacle.
Nous regrettons de ne pas avoir pris de photos pour prouver aux hommes que nous avons vraiment vécu quelque chose d’incroyable, nous simples petites citadines. Nous sommes toutefois très vite rassurées quand nous commençons à sentir nos mains d’où se dégage une odeur tenace de bouc.
Après une bonne demi-heure de marche nous retrouvons les garçons et nous nous empressons de leur relater notre aventure. Ils nous croient sur parole. L’odeur pestilentielle qui se répand dans les voitures étant notre plus belle preuve !
Nous étions partis  en procession avec la cabre d’or, dont nous avons vu que la tête, et c’est finalement deux boucs que nous avons trouvés. Comme si la taille des cornes du capridé déifié avait été annonciatrice de notre rencontre.







CLUB ALPIN FRANCAIS NIMES CEVENNES
MAISON DES ASSOCIATIONS
2 IMPASSE JEAN MACE
30900  NIMES
Contactez-nous
Tél. 07 85 69 23 96
Permanences :
jeudi 20:00-21:30
Agenda